Dans l'Encyclopédie du Développement durable, on fait état de deux façons de voir notre système mondial. Il en existe d'autres, mais celles-ci méritent attention.

La première se situe dans le prolongement de la théorie “orthodoxe” (ou néo-classique) qui fonde le système existant autour des règles de l'économie (puisque ce mode de développement se caractérise par la domination des préoccupations économiques) : elle ignore les limites de la “nature”et affirme que la croissance économique, objectif central de ce mode de développement, peut être rendue “soutenable” dans la longue échéance à condition de substituer du capital technique au capital naturel, grâce au progrès technique, et à condition d'améliorer la prise en compte par les mécanismes marchands (c'est-à-dire par le système des prix) de tous les effets de cette croissance, y compris ceux que l'on appelle aujourd'hui des “externalités”, justement parce qu'elles demeurent en dehors du calcul du prix (par exemple les effets de pollution d'une industrie ou d'une activité de transports).

La deuxième interprétation pousse le raisonnement systémique beaucoup plus loin :plutôt que d'intégrer l'environnement dans l'analyse économique orthodoxe, elle affirme qu'il faut considérer le système économique comme une simple composante du système social, qui lui même n'est qu'une partie de la biosphère, qui s'intègre à son tour dans l'écosystème de notre planète et de notre univers.L 'intérêt d'une telle analyse est de subordonner les lois de l'économie à celles de la société, et celles-ci à celles de l'univers physique qui abrite l'espèce humaine, avec les lois de rareté qui gouvernent cet univers : d'où le rappel - par l'économiste roumain Nicholas Georgescu-Roegen en particulier7 - des lois de la thermodynamique et de l'entropie, avec la limitation inévitable qui en découle pour l'utilisation par l'homme des ressources naturelles. Cette approche vient évidemment contredire la présentation traditionnelle de l'économie comme un circuit de flux fermé indéfiniment reproductible, et lui substituer l'idée d'un système ouvert caractérisé par un flux irréversible de ressources qui n'est pas illimité.Les conséquences de ces deux interprétations contradictoires sur la “soutenabilité” du modèle de développement, à la fois dans les stratégies nationales et sur le plan international,se révèlent ainsi diamétralement opposées.

L'Encyclopédie du Développement Durable, no 34 Avril 2007

L'opposition entre ces deux théories est frappante. Autant la première semble être la réalité sous laquelle on vit, celle qui guide nos décisions, tant au niveau mondial que local. Autant que la deuxième semble être la réalité logique, celle qui devrait s'appliquer, aller de soi. L'économie n'est qu'une composante de notre société, non ? Pourtant, l'image qui me vient en tête est celle d'un envahisseur, d'une souche invasive qui est tellement performante qu'elle a envahi tout le système, et qui le contrôle maintenant de bout en bout. Les grands industriels, la bourse, les sociétés internationales, lobby, bref, les dignes représentations de l'économie, tous semblent avoir beaucoup plus de pouvoir décisionnel sur tous les plans, entre autres nécessairement le gouvernement, que les autres secteurs de la société. Et au niveau local, qu'est-ce qui mène, en premier lieu, les décisions ? Encore et toujours l'économie, aussi à petite échelle qu'elle peut être.

L'autre aspect frappant de la deuxième approche nous fais réaliser que nous, et nos ressources, sommes tellement rares et limité, si l'on met en perspective que nous faisons partit de l'univers ! Un monde comme le nôtre est unique, et si petit à comparer à l'immensité qui nous entoure. Ça brise les murs de l'imaginaire.