Qu'est-ce que l'imaginaire ? Je pense que nous ne l'avons pas nommé, pourtant, l'imagination est partie de notre vie, et de notre vocabulaire. Le besoin de le définir n'est peut-être pas si important.

Alors l'exercice de l'après-midi : aller dans le bois, être à l'écoute de notre imaginaire et tenter de le verbaliser. Pour nous mener à quelque chose que j'explique plus bas. Au début, en fait le matin, j'étais réfractaire. Puis, Mme Bouchard est venue faire sa présentation, et j'ai pris une décision consciente de me prêter à l'activité, de m'y ouvrir. Je vais donc aller jusqu'au bout, et verbaliser ce que j'ai vécu, ici.

Où mon imaginaire m'a porté ?

En premier, dès qu'on a mis les pieds dans la forêt, je n'avais pas envie d'être en groupe, et j'avais encore moins envie d'entendre les autres s'exprimer sur leur propre imaginaire (ce que tous devaient faire). J'ai senti le besoin d'être seule, un besoin d'intimité pour pouvoir entendre… Entendre quoi au fait ? Je ne sais pas, écouter puis entendre, ce qui se passait dans mon imaginaire j'imagine. Simplement un feeling, rien de personnel envers les gens qui étaient là avec moi, mais puisque l'exercice était de tenter de matérialiser mon imaginaire, j'ai accepté de vivre ce que je ressentais. J'ai ralenti le pas pour m'isoler un peu. Et je me suis laissé aller. Après, ou pendant je ne sais plus, avoir ressenti le besoin d'être seule, j'ai senti un truc difficile à nommer, proche de l'inconfort sans en être. Je ne sais toujours pas pourquoi, mais ce n'était pas un sentiment étranger à moi, il m'arrive de me sentir comme ça quand je tente de m'introduire à l'intérieur de moi-même. En forêt, c'est un des rares moments où il m'arrive de le faire, consciemment ou pas. Et cette introduction dans mon intimité me rend inconfortable, tout en me faisant me sentir mieux, difficile à expliquer. C'est très paradoxal, comme le reste on dirait : la forêt m'englobe d'un silence qui a un son. C'est comme si le calme de la forêt, pour moi, c'est ça le silence, pourtant, il y a une multitude de sons. Il y a également à la fois un sentiment de plénitude, la grandeur aux alentour, avec l'air qui sens bon, qui sent la fraîcheur, la grandeur des paysages, qui me remplissent et parallèlement à ça, je ressens du vide à l'intérieur, comme si ce qui me remplit normalement fait place à toutes ces choses qui veulent entrer en moi. Autre paradoxe, entrer dans cet « état » fait que tous mes problèmes quotidiens sont tout d'un coup à la fois très présent, et très absents. Dans le sens où, ce vide qui se fait à l'intérieur de moi fait que je ne pense pas à tous ces problèmes, mais à la fin, ces problèmes ont changés, la perspective que j'ai d'eux est différente, ils peuvent être amoindris, ou avoir trouvé une solution, mais sans que je me sois pris la tête avec eux, sans que j'y aie explicitement réfléchis.

Voilà, c'est ce que j'ai été capable de mettre en mots. Quels symboles la forêt représente pour moi, à travers mon imaginaire, je ne saurais dire. Qu'est-ce que la forêt représente pour moi ? Je ne sais pas plus. Mais il est vrai que lorsque j'entre dans une forêt, je vis des choses, auxquelles je ne m’attarde parfois plus, parfois moins, mais je ne peux pas nier que je vis des choses.

Un des buts de l'exercice, tel rediscuté ce matin, était de comprendre que des gens vivent des choses, donnent un sens, consciemment où non, en lien avec des objets, des lieux, des animaux… et ces représentations qu'ils ont, ce qu'ils vivent par rapport à tout ça, est à la base des controverses socio-environnementales. Particulièrement, c'est à la base des différents discours. On peut avoir tendance rejeter du revers de la main des discours qui nous semblent n'avoir aucun sens. Pourtant, ce serait de renier quelque chose qui fait partie d'un être humain, de ce qu'il est, de ce qu'il vit. Moi je vis certaines choses que j'ai tenté de nommer quand je vais en forêt, quelqu'un peut vivre autre chose, qui lui prend encore plus les tripes. Donc prendre conscience de ça, c'est prendre conscience que l'autre a une réalité affectée par son imaginaire. Ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas rejeter l'argument, qu'on doit répondre par la positive à chacune des revendications. Mais ça veut dire qu'il faut écouter, tenter de savoir ce qui se cache derrière ces arguments, ces sentiments, ces sens que ces gens donnent à toutes ces choses. Complexifier la problématique pour mieux la comprendre, pour mieux rendre compte de tout ce qu'elle englobe, et pour mieux prendre des décisions, même si au final, elles pouvaient aller à l'encontre d'un discours, au moins, on aura conscience de le faire et de l'impact que ça a, on le fera de façon éclairée, et non aveugle. Et plus respectueuse des individus.