À partir de quoi je reconstitue ma cohérence ?

Nous avons analysé divers textes, tous portants sur la controverse des changements climatiques. Et nous avons tenté de catégoriser les arguments, à partir des catégories dont j'ai déjà fait mention dans un billet précédent : science, éthique, économique, juridique et symbolique.

Généralement, lorsqu'on analyse un texte, peu importe lequel, on a tendance à le classer dans une des catégories. Ce qui est intéressant, c'est que lorsqu'on prend le temps de bien le lire, il y a des arguments d'ordre différent du discours général qui apparaissent. Un discours très scientifique peut, entre deux phrases, glisser un argument éthique, tout à fait subtilement. Ce qui complexifie le discours, et parfois, lui fait aussi perdre de la cohérence, en d'autres mots, créée une confusion catégorielle. Parfois par contre, la cohérence est tout de même là, les diverses catégories semblant se compléter l'une l'autre.

Ça mène où ? Bien dans un premier temps, mieux comprendre ce qui interpelle l'autre, ce qui l'habite, ce qui importe, pour lui. Et ensuite, on peut établir un dialogue, puisqu'on peut élaborer notre propre discours dans la même catégorie.

La question qui nous a été posée est « à partir de quoi je reconstitue ma cohérence ? » Je ne suis pas certaine de bien avoir saisi la question, mais je crois que ça signifie : moi, mes arguments, ils sont dans quelle catégorie ? Et comment je fais pour être cohérente avec ce que je dis, pour ne pas créer de confusions catégorielles ? Pas évident. Je sais que j'ai une forte tendance rationnelle, à me baser sur les arguments scientifiques, presque aveuglément puisque ce n'est pas moi qui mène les recherches, mais j'ai beaucoup confiance en notre système scientifique. Le « vrai » du « faux » est pour moi quelque chose de plus « solide » pour s'appuyer, plus que quelque chose qui est « légal ou illégal » ou bien « bien ou mal ». C'est soit plus artificiel (la légalité), ou moins rationnel (l'éthique). Attention, je ne peux être indifférente aux autres catégories. Il est important de les prendre en compte, elles sont essentielles, mais j'ai plus de difficulté à les manier, à les exprimer et à m'en servir pour appuyer ce que je veux dire. Même chose pour ce qui est rentable ou non rentable (économique) ou ce qui a un sens ou pas (symbolique). M'ouvrir davantage à ces champs d'interprétation des divers aspects est quelque chose qui doit maintenant prendre une plus grande place dans ma façon de comprendre un discours, et éventuellement de bâtir le mien. J'ai de la difficulté à admettre qu'ils sont sur un pied d'égalité argumentaire, mais je ne peux nier qu'ils apportent tous un éclairage différent, et qu'aucun ne puisse être négligé.

Visite en forêt, ouverture sur l'imaginaire.

Qu'est-ce que l'imaginaire ? Je pense que nous ne l'avons pas nommé, pourtant, l'imagination est partie de notre vie, et de notre vocabulaire. Le besoin de le définir n'est peut-être pas si important.

Alors l'exercice de l'après-midi : aller dans le bois, être à l'écoute de notre imaginaire et tenter de le verbaliser. Pour nous mener à quelque chose que j'explique plus bas. Au début, en fait le matin, j'étais réfractaire. Puis, Mme Bouchard est venue faire sa présentation, et j'ai pris une décision consciente de me prêter à l'activité, de m'y ouvrir. Je vais donc aller jusqu'au bout, et verbaliser ce que j'ai vécu, ici.

Où mon imaginaire m'a porté ?

En premier, dès qu'on a mis les pieds dans la forêt, je n'avais pas envie d'être en groupe, et j'avais encore moins envie d'entendre les autres s'exprimer sur leur propre imaginaire (ce que tous devaient faire). J'ai senti le besoin d'être seule, un besoin d'intimité pour pouvoir entendre… Entendre quoi au fait ? Je ne sais pas, écouter puis entendre, ce qui se passait dans mon imaginaire j'imagine. Simplement un feeling, rien de personnel envers les gens qui étaient là avec moi, mais puisque l'exercice était de tenter de matérialiser mon imaginaire, j'ai accepté de vivre ce que je ressentais. J'ai ralenti le pas pour m'isoler un peu. Et je me suis laissé aller. Après, ou pendant je ne sais plus, avoir ressenti le besoin d'être seule, j'ai senti un truc difficile à nommer, proche de l'inconfort sans en être. Je ne sais toujours pas pourquoi, mais ce n'était pas un sentiment étranger à moi, il m'arrive de me sentir comme ça quand je tente de m'introduire à l'intérieur de moi-même. En forêt, c'est un des rares moments où il m'arrive de le faire, consciemment ou pas. Et cette introduction dans mon intimité me rend inconfortable, tout en me faisant me sentir mieux, difficile à expliquer. C'est très paradoxal, comme le reste on dirait : la forêt m'englobe d'un silence qui a un son. C'est comme si le calme de la forêt, pour moi, c'est ça le silence, pourtant, il y a une multitude de sons. Il y a également à la fois un sentiment de plénitude, la grandeur aux alentour, avec l'air qui sens bon, qui sent la fraîcheur, la grandeur des paysages, qui me remplissent et parallèlement à ça, je ressens du vide à l'intérieur, comme si ce qui me remplit normalement fait place à toutes ces choses qui veulent entrer en moi. Autre paradoxe, entrer dans cet « état » fait que tous mes problèmes quotidiens sont tout d'un coup à la fois très présent, et très absents. Dans le sens où, ce vide qui se fait à l'intérieur de moi fait que je ne pense pas à tous ces problèmes, mais à la fin, ces problèmes ont changés, la perspective que j'ai d'eux est différente, ils peuvent être amoindris, ou avoir trouvé une solution, mais sans que je me sois pris la tête avec eux, sans que j'y aie explicitement réfléchis.

Voilà, c'est ce que j'ai été capable de mettre en mots. Quels symboles la forêt représente pour moi, à travers mon imaginaire, je ne saurais dire. Qu'est-ce que la forêt représente pour moi ? Je ne sais pas plus. Mais il est vrai que lorsque j'entre dans une forêt, je vis des choses, auxquelles je ne m’attarde parfois plus, parfois moins, mais je ne peux pas nier que je vis des choses.

Un des buts de l'exercice, tel rediscuté ce matin, était de comprendre que des gens vivent des choses, donnent un sens, consciemment où non, en lien avec des objets, des lieux, des animaux… et ces représentations qu'ils ont, ce qu'ils vivent par rapport à tout ça, est à la base des controverses socio-environnementales. Particulièrement, c'est à la base des différents discours. On peut avoir tendance rejeter du revers de la main des discours qui nous semblent n'avoir aucun sens. Pourtant, ce serait de renier quelque chose qui fait partie d'un être humain, de ce qu'il est, de ce qu'il vit. Moi je vis certaines choses que j'ai tenté de nommer quand je vais en forêt, quelqu'un peut vivre autre chose, qui lui prend encore plus les tripes. Donc prendre conscience de ça, c'est prendre conscience que l'autre a une réalité affectée par son imaginaire. Ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas rejeter l'argument, qu'on doit répondre par la positive à chacune des revendications. Mais ça veut dire qu'il faut écouter, tenter de savoir ce qui se cache derrière ces arguments, ces sentiments, ces sens que ces gens donnent à toutes ces choses. Complexifier la problématique pour mieux la comprendre, pour mieux rendre compte de tout ce qu'elle englobe, et pour mieux prendre des décisions, même si au final, elles pouvaient aller à l'encontre d'un discours, au moins, on aura conscience de le faire et de l'impact que ça a, on le fera de façon éclairée, et non aveugle. Et plus respectueuse des individus.

Théologie

Hier matin, lors de notre Séminaire à Simoncouche, nous avons rencontré Mme Nicole Bouchard, Doyenne des études supérieures de l'UQAC.

Et théologienne.

Qui aurait pu croire que la théologie me rejoindrait un jour ? Le religieux ne serait pas lié, intrinsèquement, à l'institution, comme je le croyais. Elle serait plutôt liée au passage, aux transitions. Les gens ont tendance à parler de « spiritualité », mot que je trouve un peu « cliché », et ce que j'ai aimé de cette intervenante, c'est qu'elle partageait cette idée, et plein d'autres, qui m'ont permis d'embarquer avec elle. Donc le religieux, c'est trouver une façon de passer au travers une épreuve, en effectuant un rite, en allant donner un sens à ce passage, cette transition, par des mythes, des symboles. Pour aider à passer au travers les étapes de la vie, par un avant, pendant, et après. Et en acceptant que le après ne sera pas comme le avant. Cette dame est vraiment intéressante, ça m'accroche ces concepts. Parce que nous avons tous besoin de rites de passage, dans les étapes importantes de notre vie, associé à des symboles importants. J'ai toujours été réfractaire à ce genre de truc, mais là, on dirait que pour une première fois, ça vient me chercher. Par exemple, la mort. C'est une question qui me revient, une fois de temps en temps : quand je mourrai, qu'est-ce qui va arriver ? Je ne suis pas baptisée, je n'irai pas à l'église. Il reste le salon funéraire, et comme la dame disait, c'est une espèce de fast food de la mort, qui est complètement dépourvue de rite de passage, de symboles pour amorcer une étape importante : le deuil. Ce n'est pas parce qu'il y a un PowerPoint de ce que j'aimais dans ma vie que les gens vont pouvoir faire un deuil. Et c'est un gros manque dans nos sociétés, et la base de plusieurs consultations de psy, à ce qu'il paraît… J'ai donc appris que la théologie peut ne pas être liée à l'institution religieuse, et qu'il est possible de séculariser un rite, sans tomber dans le cliché. Il faut que je réfléchisse à tout ça, c'est trop différent de ce que je connais, mais en même temps, très près. Vraiment intéressant.

Matin de Séminaire, Simoncouche

C'est MAGNIFIQUE ici. Les gens sont sympathiques, on a bien du plaisir, et on a tous un peu de de difficulté avec le concept global du cours, et du séminaire, donc, je fais partie de la gang, ouf!

Cet après-midi, on va faire un tour en forêt, pour tenter de... je sais pas si j'ai compris, trouver les symboles qui m'habitent, quelque chose dans le genre. Mais bon, on va marcher en forêt, ça ne peut qu'être agréable. Il y a des beaux Rabaskas de disponibles, il me semble que je serais encore en meilleure position pour m'intérioriser si on faisait un tour :p

Vendredi

Je pars dans 20 minutes pour mon premier séminaire sur l'imaginaire collectif... Sérieusement, je ne sais pas. Après le dernier cours, j'ai un peu peur que ça ne me ressemble pas trop... mais bon, on va bien voir.


***

Premières périodes cet après midi. Un groupe a été l'enfer, ça part mal... et l'autre, super. De retour dans le monde de l'enseignement...

Symboles

Oh là ça commence à me dépasser un peu. J'ai compris la signification d’« éclaté » et « flyé » dans le plan de cours. J'ai écouté une sommité hier, pendant 3h, et j'ai passé 3h à me demander ce que je faisais là. Ce n’est définitivement pas ma branche.

M.Marc Girard était notre conférencier. C'est un théologien de renommée, il parle une dizaine de langues et est expert des symboles. Le monsieur est très intéressant. Mais ouf, ce n’est pas mon domaine.

Je résume, comme j'ai compris :

Qu'est-ce qu'un symbole ? Le symbole a pour caractéristique de relier le symbolisant (chose qui est accessible à mon expérience) et le symbolisé (niveau qui échappe à mon expérience directe). Il y a plusieurs niveaux de symboles, il y en a qui sont complètement arbitraires (la constante C pour représenter la vitesse de la lumière) et il y en a qui sont totalement universels, comme l'aile qui symbolise la légèreté, la liberté. Dans toute société, il existerait des symboles communs, comme l'aile, l'eau, le feu, les arbres. Cette dernière catégorie de symbole consisterait un langage, le langage symbolique, qui est un langage commun à l'humanité, notre « langue première ». Et ce langage serait un langage concret, qui nous donnerait accès à notre réalité profonde, au « tout », contrairement au langage parlé, à une langue, qui serait un langage abstrait parce qu'il est nécessairement une interprétation de la réalité, et qu'il n'est capable que d'illustrer une partie de la réalité. Ce langage ne donne pas accès à la réalité complète.

Cette langue commune puiserait dans un grand réservoir commun de symboles, qu'on appelle « L'inconscient collectif » (Carl Jung). Cette notion expliquerait pourquoi, par exemple, des Inuit rêveraient à des serpents, même s'ils n'en ont jamais vu. Il s'agit d'une expérience de l'humanité inscrite dans l'inconscient collectif. L'intuition serait également un autre élément qui s'expliquerait par le fait qu'on puise dans notre inconscient collectif.

Le tout mène au mythe, qui serait « un symbole au second degré » (Ricoeur). Un mythe passe à travers des symboles, qui à première vue sont culturels, mais vont souvent être universels.

M.Jean a terminé sa conférence en soulignant l’importance de la concrétude totale, nous faisons partit d’un tout humanité et un tout cosmique et nous sommes en relation avec l’ensemble du cosmos. La pensée symbolique a le pouvoir de nous garder en lien avec ce tout cosmique.

Je ne sais même pas si je suis clair.

Est-ce que je vous avais dit que c'était flyé ? Boy j'ai de la misère avec ce type de notions. C'est un peu trop cosmique pour moi. En même temps, ce n'est pas quelque chose à nier en bloc. Mais... C'est tellement loin de moi, je ne suis pas à l'aise de patauger dans ces concepts. En fait, je fais un effort d'ouverture, pour tenter de me laisser imprégner de ces notions, mais c'est difficile. Je sens par contre que je m'adoucis un peu, mais mautadit, ce n’est pas évident ! J'ai l'esprit plus cartésien que je pensais. Les sciences humaines, la psy, la philo... ce n’est définitivement pas quelque chose de naturel chez moi !

Propriétés émergentes

Les propriétés émergentes sont ce qui, à mon sens, qualifie la biologie. Je crois que c'est ce qui m'a fait choisir cette science initialement, dans mon cursus. Je n'ai jamais vraiment aimé mes cours de biologie dans les faits, c'est si… nébuleux. Le cycle de Krebs, l'ADP qui accumule de l'énergie et devient de l'ATP… Comment une molécule peut transporter de l'énergie, comment un neurone transmet de l'information, avec l'interaction des ions potassium et je ne sais plus quoi. Je n’y ai jamais compris grand-chose. J'ai eu beau essayer, il y avait toujours quelque chose qui me dépassait.

Et ce qui me dépassait était la même chose qui me fascinait, et me fascine toujours d'ailleurs, c'est les propriétés émergentes de la vie. On a beau étudier toutes les parties du cerveau, ça n'explique pas comment on peut avoir des pensées. On a beau étudier tous les processus chimiques et les composantes d'une cellule, on ne sait pas pourquoi elle est vivante, se modifie. Les propriétés émergentes sont des propriétés qui apparaissent dans un tout, mais qui ne s'expliquent pas par la somme de ses parties. La vie est la plus fascinante des propriétés émergentes qui existe.

Voilà que dans mes lectures, Suzuki aborde ce sujet. Il explique que la science étudie des parcelles de l'univers, des parties isolées, et qu'il est impossible de coller les morceaux, dans une vision linéaire, pour comprendre le tout. C'était pourtant la vision newtonienne, qui nous a permis de comprendre bien des choses quand même. Mais on ne peut donc prédire les propriétés d'un nouvel ensemble en connaissant les propriétés isolées des parties qui le composeront. Il émerge donc de la complexité. Il existerait une science de la complexité, qui étudie les systèmes complexes et les propriétés souvent imprévisibles qui en émergent. Et de la complexité, il émergerait un chaos. Ce qui est surprenant, c'est qu'on s'aperçoit que de ce chaos émergerait ensuite de l'ordre. Imaginons, par exemple, que se retrouve sur une île déserte une centaine d'individus, provenant de diverses cultures, suite à un crash d'avion. Même si nous connaissons ces individus, nous ne savons pas comment l'ensemble du groupe réagira, soit quelles seront les propriétés émergentes de ce nouvel ensemble d'individus, et cette réaction de groupe sera fort probablement chaotique. Et puis, avec le temps, un certain ordre sera mis en place, un ordre qui est aussi imprévisible émergera, et ce groupe d'individus formera une nouvelle microsociété, avec une organisation nouvelle. Le principe ne s'applique pas seulement dans les systèmes sociaux, mais également dans des systèmes météorologiques, physiologiques et même économiques. Dans la nature, le chaos tend vers l'ordre, l'organisation, même si ce n'est pas déterminé. Les feuilles des arbres sont réparties de façon très ordonnée sur les branches, les exemples de symétrie sont surabondants, que ce soit la symétrie chez les animaux ou à l'intérieur d'un brin d'herbe. Les cours d'eau sont organisés dans un système très complexe, mais aussi très organisé, et est équilibré dans un cycle de l'eau très régulé. On peut imaginer le chaos lorsque l'eau a condensé sur la planète, a formé les océans… Ce devait être très chaotique.

Les propriétés émergentes sont insaisissables, ce qui en fait un concept des plus intéressant. Il est facile d'imaginer la complexité de prédire ce qui arrivera à notre système planétaire, quelles propriétés émergeront des énormes changements que nous sommes en train d'effectuer dessus. Que ce soit des gaz à effet de serre, mais également de la construction de villes, des transports, des modifications des cours d'eau, de l'enfouissement des déchets. Quelles seront les propriétés qui émergeront de ce nouveau système complexe, qui possède maintenant des propriétés différentes ? Nous avons beau étudier les propriétés individuellement, de tout bord tout coté, mais il restera toujours l'insissable émergera. Et ces nouvelles propriétés émergentes, nous ne pourrons les étudier que lorsqu'elles se manifesteront, quelle qu'en soit la nature.

Le dialogue

Je relis mes notes de cours. Quelques jours plus tard, c'est intéressant de voir ce qu'on a retenu et oublié, et de voir si ce qui nous avait frappés au départ nous frappe encore.

Une citation intéressante, vue dans le cours de mardi dernier :

« Je suis un homme et rien de ce qui est humain ne m'est étranger » Térence

Nous vivons dans un univers de controverses, dont les bioéthiques et socio environnementale m'intéressent particulièrement. Une des caractéristiques de ces débats, est les discours disjoints, qui empêchent le dialogue. Les idées et des opinions souvent tranchées, et parfois extrêmes, et les gens qui les expriment sont impliqués émotivement. Cette citation nous dit que nous sommes tous des Hommes, donc nous avons tous la capacité de ressentir ce qu'un autre être humain ressent, et capable de le comprendre. On peut ne pas être d'accord, mais on peut se mettre dans l'état émotif de l'autre. Cet effort de compréhension, qui n'empêche pas d'exprimer et de posséder son propre discours, permet toutefois une démarche de dialogue.

Dialoguer, pourtant un acte qui semble si simple : je te parle, tu me parles, nous nous écoutons, nous échangeons. Je prends pourtant conscience que dans les faits, il n'y a pas grand-chose de simple dans le dialogue. À bien y penser, j'en avais déjà conscience : les gens parlent, parlent… mais écoutent-ils ? J'ai déjà eu une conversation avec mon père sur ce sujet il y a plusieurs années. Et on se disait que les gens ont besoin de parler d'eux, ils ne cherchent que quelqu'un pour les écouter. Ce que nous disons sur nous-mêmes ne les intéresse que dans la mesure où ils peuvent le relier à une de leur propre expérience pour pouvoir nous l'exprimer. Depuis ce moment-là, j'essaie d'attendre que quelqu'un s'intéresse à moi réellement pour parler. J'essaie, parce que dans le vrai, on a tous tendance à dire « oui, mais moi… ».

S'intéresser simplement et réellement à l'autre, je ne sais pas si c'est naturel. Alors non pas seulement s'intéresser, mais se mettre à la place de l'autre pour tenter de comprendre ce qu'il ressent et ce qui l'anime, lorsqu'il a un discourt totalement à l'antipode du nôtre, c'est un exercice qui doit demander un effort conscient particulier.

Population mondiale

Pour mon cours d'imaginaire collectif, je dois lire un livre, parmi une sélection. J'ai choisi " L'équilibre sacré » de David Suzuki. Je n'ai jamais vraiment lu Suzuki, mais j'en ai quand même pas mal entendu parler, j'ai donc trouvé que c'était une bonne occasion pour aller à la source.

J'aurai un résumé à faire, et étant donné que je n'ai pas une bonne mémoire, je pense que je vais tenter de mettre mes observations, au fur et à mesure ici. Il y a des trucs qui valent vraiment la peine.

J'en suis seulement à la page 20, encore dans le prologue, et déjà, ça touche mon imaginaire.

Je ne savais pas qu'au début du XIX siècle, on a atteint 1 milliard d'individus humains sur terre. Puis, dans les années 30, la population de la terre a atteint le double. À la minute où j'écris ces mots, il y a 6 807 503 005 habitants sur la planète . On prévoit que la population mondiale va se stabiliser à 9 milliards d'individus en 2050. En 250 ans, la population mondiale a augmenté de façon fulgurante !

Donc même si on ne parlait pas de gaz à effet de serre, l'empreinte écologique faite par l'espèce a augmenté d'autant qu'elle possède d'individus, seulement en mangeant, respirant, évacuant ses déchets et se logeant.

Et on ne parle pas de la consommation, et encore moins de la surconsommation.

Le temps que je corrige et publie le billet, la population est passée à 6 807 505 026 individus.

Mea culpa

Je me suis inscrite au programme d'Éco-Conseil parce que ça m'intéresse, ça me fascine. L'évolution de notre environnement, l'influence que nous avons dessus.

Mais je ne suis pas pratiquante. Je suis un mauvais exemple d'individu réfléchissant à chaque geste pour « sauver la planète », ou du moins, viser une pratique de développement durable.

J'ai une voiture, ma deuxième, la première n'ayant pas terminé sa vie utile lorsque je l'ai échangée, je ne me prive pas de la conduire. J'ai changé mon ordinateur portable après 2 ans, l'autre fonctionne encore, je l'ai serré quelque part. J'ai 2 iPod, en fait, 3 si on compte celui de première génération qui croupit au fond d'une boite. J'ai des dizaines de sacs de toute sorte. J'ai une tonne de linge. J'ai un Swiffer Wet Jet. J'ai plein de produits ménagers chimiques. J'ai jeté des médicaments périmés aux poubelles. J'ai un téléphone cellulaire neuf, 2 anciens modèles dans le fond des tiroirs également.

Je suis une consommatrice. J'aime acheter. J'ai le neuf. J'aime posséder.

Je suis nulle.

Ce cours fera-t-il de moi une citoyenne plus responsable envers notre planète ? Sincèrement, je le souhaite pour les 9 milliards d'individus qui peupleront la terre en 2050.

Devoir: la chasse aux phoques

Premier devoir

Pour briser la glace, voici mon premier devoir: taper dans Google "chasse aux phoques", lire les premiers sites et, en 1 minute, résumer ce que j'ai pensé de ces lectures.

Donc, voici un court résumé de mes observations, suivi de ce que j'en ai pensé :

Premier résultat : des images. Ce qui saute aux yeux, c'est le sang. On se croirait dans un film d'horreur.

2e site : Stop à la chasse aux phoques ! Site commandité par « fourrure Tortue». Bon, le nom le dit, c'est un site qui veut faire de la sensibilisation à sa cause, ils sont contre le « massacre des phoques ». C'est bien fait comme site, mais c'est bourré de formules qui grichent à mes oreilles, utilisant des termes comme "intimidation, massacre, macabre...

Le site suivant, c'est wikipédia. J'ai été surprise, pour une encyclopédie ouverte, les animalistes n'ont pas réussi à y écrire beaucoup de chose. Le point de vue est complètement différent, je ne pourrais pas dire neutre, mais il expose plus des « faits » que des mots tel « mensonge, cruauté, macabre... » Il donne également les mesures de protection et lois canadiennes, qui semblent très sévères et dont l'encadrement semble également assez rigoureux. Contrairement aux sites animalistes qui sont peu enclin à dire que la situation a évolué depuis Brigitte Bardeau. Ça vaut la peine de lire jusqu'en bas de page.

Le site suivant est de Peches et Océans Canada. Beaucoup d'informations sur wikipedia semblent provenir de ce site. Sur le site, le Gouvernement du Canada défend cette pratique.

Ce que j'en pense ? C'est certain que je lis ces sites avec mon regard, et je prends ce qui m'intéresse. Déjà, mes résumés sont teintés de mon opinion, c'est très difficile d'en faire abstraction. Les animalistes, je les trouve extrêmes, et j'ai tendance à moins accorder de crédit à des arguments auxquels on doit ajouter des adjectifs provocateurs et des points d'exclamation à toutes les phrases, comme s'il fallait absolument s'insurger. Ce commence ne m'insurge pas comme il semble le faire à plusieurs. Il est plus impressionnant, parce que du sang sur la neige blanche, c'est dégueulasse. Mais lorsqu'on vide un cochon d'élevage, on le saigne aussi, sauf que ça ne parerait pas. Pour un chevreuil, c'est la même chose, sauf sous un couvert forestier, le sang, on le voit pas mal moins. OK on leur tape dessus pour les assommer, ou on leur tire dessus. Mais c'est réglementé pour un minimum de souffrance. J'ai de la difficulté à m'insurger, parce que si on s'insurge contre la chasse aux phoques, on doit le faire pour les poissons, les orignaux, les poules, les cochons, le boeuf, le crabe. Et aussi pour les rats, qu'on tente d'éliminer des sous-sols des grandes villes... C'est tout aussi violent. Tout aussi cruel. Mais voilà, un blanchon, c'est tellement cute, un rat, c'est si laid. Pourtant, les deux sont des mammifères au même titre, et ont un système nerveux qui capte la douleur l'un comme l'autre. Pour moi, soit on s'insurge et on est végétarien, et on renie notre nature omnivore, jusqu'aux orteils, ou bien on accepte et on mange notre steak le soir.

Mais en prenant un peu de distance, on peut dire que je suis canadienne, donc influencée par l'information que mon gouvernement veut bien me transmettre, ou me faire croire comme dirait certain. Mon opinion est basée sur de l'information dite « filtrée ». Mais également de mon analyse du discours des deux côtés, et de mon aversion des fanatiques extrêmes, peu importe leur cause. Je dirais peut-être même que dans mon cas, ces fanatiques nuisent au message qu'ils veulent me passer, parce qu'ils veulent trop toucher l'indignation chez moi, ce qui a un effet contraire, et me mène naturellement à prendre pour l'autre camp. C'est à dire que si ces animalistes n'étaient pas si extrêmes, peut-être que je pourrais être contre la chasse aux phoques. Bizarre, non ?

Confusions catégorielles

C'est intéressant lorsqu'on voit sur papier ce qu'on sait d'instinct, mais qu'on a jamais réussi à cerner vraiment. Un peu comme des sophismes. Ma mère était forte pour me faire frustrer quand j'étais adolescente, a me dire « non » et justifiant avec des raisons qui ne fonctionnaient pas, des foutus sophismes. Cette idée de suivre ce cours quand j'avais 15 ans... Mais bon, je m'éloigne. Je me souviens, j'étais tellement en colère, parce qu’instinctivement, je savais que ça ne fonctionnait, mais je n'étais pas capable de mettre le doigt dessus, de verbaliser la non-logique de ce qui m'était expliqué. Et j'étais bien obligé d'accepter ce refus, pas d'argument qui tiennent la route. Quelle frustration !

Bref, des fois, on sait quelque chose, mais on ne le cerne pas. Hier, lorsque j'ai vu cet acétate apparaître sur mon écran, c'est comme si on venait de mettre en mot ce que j'ai toujours su d'instinct, mais que je n'avais jamais vraiment compris. Bon OK, y en a qui vont peut-être rire, c'est quand même un truc assez simple, mais c'est ça pareil.

Une révélation pour moi, les confusions catégorielles. Mélanger des pommes et des poires, dire qu'une loi peut séparer le bien et le mal, dire que l'économie peut déterminer si quelque chose a du sens. Les politiciens sont des spécialistes de la confusion catégorielle, non ? Mêler l'économie à l'écologie.

Bon, on a passé 5 minutes sur ça, je ne suis pas encore une pro, mais le potentiel de ce concept est géant. Quand on arrive à bien le comprendre, on doit être capable de manipuler de l'information incroyable, non ? J'ai peut-être pas bien cerné tout, mais J'ai l'impression que c'est à la base des discours qui sont difficiles à comprendre des politiciens, parce qu'ils sont bourrés de confusion catégorielle.

C'est définitivement à suivre.

1ECC 812 « Imaginaire collectif et controverses socio-environnementales»

Ça commence à être intéressant. Hier soir, j'ai débuté mon 2e cours : 1ECC 812 « Imaginaire collectif et controverses socio-environnementales ». Voici le premier paragraphe du plan de cours : « Dans ce cours, nous invitons les étudiants à découvrir les différents aspects de la pensée humaine qui influencent les discours des acteurs dans les controverses socio-environnementales. »

Je savais que ça serait un cours différent, plus philosophique/sciences humaines, je m'attendais à quelque chose d'un peu « plate », mais au contraire, ça m'a complètement allumé !

Apprendre les mécanismes qui sous-tendent la pensée, comment nous réfléchissons ? Sur quoi se base notre réflexion, de façon consciente et inconsciente ? Nos références, nos croyances, notre imaginaire, notre éthique. Comment décoder ce qui sous-tend un discours ? C'est fascinant, non? Ça m'a fait penser à un cours de didactique, où on faisait référence aux schèmes de pensée, aux « fausses représentations » (comme Mme la professeure, a si bien dit, « comme s'il existait des fausses représentations ».

Ça n'a duré qu'une heure, parce qu'il y avait un truc du Recteur, mais je suis déjà conquise.

Dans ce cours, je devrai tenir un « Carnet d'itinérance », endroit où « l'étudiant écrit dans un cahier réservé à cet effet, les réflexions, interrogations, incompréhensions, révoltes, évidences que lui suggèrent les informations récoltées pendant le cours.»  J'ai décidé de le faire ici, le potentiel de réflexion étant élargie puisque la réflexion sera partagée.

Donc, au grand plaisir de mon père, je vais me remettre à l'écriture plus régulière. Je vais d'ailleurs retourner lire mes notes d'hier, il y avait tellement de trucs intéressants.